Colloque 15-16-17 mai 2013 : "L’Arrogance". Investigations anthropologiques, philosophiques et politiques des formes de l’arrogance du libéralisme au néolibéralisme contemporain

Le 14 mai 2013, par Geneviève Koubi,

C’est un thème à (re)penser qui, parce qu’il traite de l’arrogance, pourrait bien faire en sorte que ceux qui s’y impliquent seraient tentés d’en affirmer l’arrogance ... avec arrogance. Cela se déroule les 15/16/17 mai 2013.

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Ce thème voudrait reposer la question de la propriété et du rapport à la propriété ... de soi.

« Interroger ainsi l’arrogance, tant dans le domaine politique que social ou culturel, revient à entreprendre de repenser les rapports sociaux et les rapports de pouvoir, les formes d’interaction sociale qui sont au fondement des modèles de conduites et des valeurs contemporaines largement dominantes. Il s’agit ainsi d’analyser les contextes, les conditions – comme les conduites – qui rendent possible, favorisent l’expression et le développement des comportements d’arrogance. (L’arrogance est liée aux modèles de comportement, elle se traduit dans ces modèles par la force, la puissance). Elle est désormais liée à l’accélération des technologies contemporaines, aux idéologies et aux processus identitaires, à l’illimitation des sociétés de masse narcissiques, ce qui signifie qu’elle revêt d’autres formes que l’arrogance des sociétés du passé, – mais elle peut parfaitement en conserver des traces qu’il s’agisse des sociétés d’Ancien régime, de la féodalité, de la société de cour ou plus largement des sociétés tribales ou claniques des sociétés traditionnelles. Par ailleurs, les flux informationnels et sensoriels des nouveaux médias ne sauraient aisément se transformer en instrument de démocratisation, d’émancipation.

L’arrogance induit donc de nouvelles formes non pas seulement d’aliénation, de servitude mais également d’autorité, insidieuses : l’autoritarisme au travers de réseaux, de copinage, de faveurs. Ces formes d’autorité se développent dans les processus paradoxaux de transparence où la possibilité de visibilité apparaît bientôt comme une obligation répondant à une injonction à la visibilité pour exister professionnellement, socialement. »

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Quelques extraits des "objectifs" du colloque permettent de comprendre son orientation générale.

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« Les figures historiques de l’arrogance : Faut-il voir dans l’arrogance l’expression historique d’une forme spécifique de propriété de soi ? S’exprimant inévitablement au détriment d’autrui, c’est à dire reposant sur l‘idée d’inégalité, cette forme de propriété de soi entrave-t-elle pour ainsi dire par définition les rapports d’égalité ? Peut-on considérer le fait de s’arroger la propriété de l’autre – ou encore la propriété de biens, parfois de manière insidieuse, parfois aussi avec une violence implacable – comme relevant de manières d’être, de modèles de conduites inscrits dans la longue durée ? Ou plus fondamentalement comme un mode de gouvernement de soi et de l’autre devenu mode de domination implacable – insidieux ou brutal ? Comment en retracer l’avènement historique et les transformations contemporaines ?

Origines, conditions de possibilité et effets de l’arrogance : La propriété de soi est-elle nécessairement dépendante de la question de la propriété privée ? L’arrogance est elle une réponse ? Une réaction à un état de fait, à un rapport social, à un rapport de pouvoir singulier ? L’arrogance touche-t-elle encore aux manières de plaire, à la place faite à l’autre, inévitablement à la séduction ? Les élites, les hommes et femmes de pouvoir, sont ils aujourd’hui nécessairement arrogants ?

Les mutations néo libérales de l’arrogance : L’arrogance aujourd’hui renforcée est-elle due de façon prédominante au développement de technologies supposant des flux sensoriels et informationnels continus ? A l’accélération ? Et en conséquence au changement permanent ? Profondément désorienté par les progrès des technologies l’individu est il encore à même de saisir le sens de son existence ? Des fonctionnements des sociétés ? Ne se trouve-t-il pas alors confronté à des questions non plus de vie mais de survie ? L’immédiateté décuplé par les technologies contemporaines – le déclin des médiations qui en naît inévitablement – va-t-elle de pair avec le manque d’exigences morales indissociable de la possibilité de représentation du semblable ? L’immédiateté et l’instantanéité font-elle violence à l’individu dans la mesure où elles le confrontent à l’évidence, la lui imposent, mettant alors à l’écart le temps de la réflexion, de l’hésitation, le temps de la pensée ? .... »

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Le programme se joue, sur chaque jour, de 9h à 18h, en conférence suivie d’observations puis d’un débat.

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+ Mercredi 15 mai 2013  :

9h. Ouverture par Jean-Philippe BOUILLOUD, Professeur de management et de sociologie, ESCP-EAP, Paris, France

. Yves DELOYE Professeur de science politique, Sciences Po Bordeaux, France, « Sémantique historique de l’arrogance »

discutant : Stella BRESCIANI, Professeur d’histoire, UNICAMP, SP, Brésil

. Olgaria MATOS, Prof. Philosophie, Université de São Paulo (USP), Brésil, « Arrogance et démocratie de masse : mutation culturelle et populisme »

discutant : Anne VINCENT-BUFFAULT, Historienne, Université Paris VII

. Jean-Philippe BOUILLOUD Professeur de sociologie, ESCP-EAP, « L’arrogance entre négation de l’autre et volonté de puissance »

discutant : Joel BIRMAN Professeur de philosophie et psychanalyste, Université fédérale de Rio de Janeiro (Ufrj) et Université Estadual de Rio de Janeiro (Uerj)

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+ Jeudi 16 mai 2013  :

. Claudine HAROCHE Directeur de recherches au CNRS, (IIAC-EHESS), « La peur et l’insécurité psychique aux origines de l’arrogance : l’esprit démocratique face à l’esprit tribal ».

discutant : Myriam BAHIA LOPES, Professeur d’histoire , UFMG

. Jean-Michel SAUSSOIS. Professeur de sociologie et d’économie, ESCP-EAP, « L’arrogance organisationnelle »

discutant : Jean-Philippe BOUILLOUD Professeur de sociologie, ESCP-EAP.

. Olivier FAVEREAU. Professeur d’économie à Nanterre, « ‘Mainstream’ : arrogance de l’économie et économie de l’arrogance »

discutant : Eugène ENRIQUEZ, Prof. Emérite Sociologie, Université Paris VII

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+ Vendredi 17 mai 2013  :

. Geneviève KOUBI. Professeur de Droit Public, Université Paris VIII, CERSA, CNRS, « L’appropriation du pouvoir d’édicter / de dicter le droit »

discutant : Marion BREPOHL. Professeur d’histoire, Université du Parana, Curitiba, Brésil

. Eugène ENRIQUEZ Prof. émérite Sociologie, Université Paris VII, « La question de l’arrogance dans les groupes : repenser les rapports entre ‘Communauté et société’ »

discutant : Danielle LINHART, Professeur de sociologie, Nanterre.

. Joel BIRMAN Professeur de philosophie et psychanalyste, Université fédérale de Rio de Janeiro (Ufrj) et Université Estadual de Rio de Janeiro (Uerj), « Généalogie de l’arrogance : Une lecture psychanalytique et politique.”

discutant : Jacqueline BARRUS MICHEL, Professeur de psychologie, Paris VII

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