lundi 28 avril 2008

Nouveau refrain ? « travailler pour survivre » !

Après les différents décrets préfigurant la mobilité des fonctionnaires par leur sortie hors des espaces publics tels le décret n° 2008-366 du 17 avril 2008 instituant une prime de restructuration de service et une allocation d’aide à la mobilité du conjoint ou le décret n° 2008-368 du 17 avril 2008 instituant une indemnité de départ volontaire, alors que maintenant il est clairement acquis que « travailler plus » ne permet nullement de « gagner plus », au vu des récentes orientations du Gouvernement à propos de la durée de cotisation qui passera de 40 à 41 ans d’ici à 2012 pour tous afin de bénéficier d’une retraite à taux plein, s’agirait-il de travailler plus longtemps, plus vieux — mais certainement pas au mieux de sa forme — pour ne rien gagner de plus en final alors que tant de jeunes attendent désespérement un emploi qui ne se résume pas en un “petit boulot” ?

Les difficultés lancinantes rencontrées par les différents corps de métiers menant parfois jusqu’au suicide n’invitaient-elles pas à repenser tant la dégradation des conditions de travail suscitée par la compression des personnels que les formes des relations professionnelles induites par les pressions de toutes sortes ? La remise en cause annoncée de la durée du temps de travail, journalière et hebdomadaire, ne devait-elle pas susciter au contraire quelques réflexions sur la jouissance d’un “droit à la retraite”, d’un droit au repos après une vie de labeur [1] ?

Relire un certain ouvrage écrit à la fin du XIX° siècle n’est pas dépourvu d’intérêt tant les considérations qu’il développe à propos de l’indispensabilité d’un “gagne-pain” pour survivre, d’un travail pour “gagner sa vie”, d’une rémunération suffisante pour vivre et faire vivre, accrochent aux discours actuels...

« Le travail est l’activité vitale propre à l’ouvrier, sa façon à lui de manifester sa vie. Et c’est cette manifestation de sa vie qu’il vend à un tiers pour s’assurer 1es moyens nécessaires à se maintenir en vie. Son activité vitale n’est donc pour lui qu’un moyen de pouvoir exister. Il travaille pour vivre. Lui-même ne considère pas le travail comme une partie de sa vie, mais plutôt comme un sacrifice de sa vie. C’est une marchandise qu’il a adjugée à un tiers. C’est pourquoi le produit de son activité n’est pas non plus le but de son activité. Ce qu’il produit pour lui-même, ce n’est pas la soie qu’il tisse, ce n’est pas l’or qu’il extrait de la mine, ce n’est pas le palais qu’il bâtit. Ce qu’il produit pour lui-même, c’est le salaire, et la soie, l’or, le palais se réduisent pour lui à une quantité déterminée de moyens de subsistance, peut-être à un tricot de coton, à de la monnaie de cuivre et à un logement dans une cave. Et l’ouvrier qui, douze heures durant, tisse, file, perce, tourne, bâtit, manie la pelle, taille la pierre, la transporte, etc., regarde-t-il ces douze heures de tissage, de filage, de perçage, de travail au tour ou de maçonnerie, de terrassement ou de taille de la pierre comme une manifestation de sa vie, comme sa vie ? Bien au contraire. La vie commence pour lui là où cesse cette activité, à table, à l’auberge, au lit. Par contre, les douze heures de travail n’ont nullement pour lui le sens de tisser, de filer, de percer, etc., mais celui de gagner ce qui lui permet d’aller à table, à l’auberge, au lit. ».

L’auteur de ces lignes est… Karl Marx [2].

Changer le slogan s’imposerait donc avant le jour de la fête… du travail ! « Travailler plus nombreux pour vivre mieux même vieux » !

Notes :

[1] … et surtout, d’un droit au repos qui ne soit pas définitif !

[2] in : Travail salarié et capital. Salaire, prix et profit, Messidor/Editions sociales, 1985, p. 66.

Droit cri-TIC ou Droit cri TIC

Cri TIC, cri-TIC en Droit. Cri-TIC de droit : critique du droit, droit de la critique, droit à la critique, droit critique.

La forme interrogative étant un des signes de l’esprit critique qui anime toute recherche et parcourt tout enseignement, ce site a pour objet, en quelques articles ou brèves, de faire part de questionnements, incomplets et inachevés, sur des thèmes diversifiés... en Droit certes, mais aussi à côté ou aux alentours du Droit.

Pr. Geneviève Koubi

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