jeudi 7 février 2008

Questions sans nuances : et les services publics ?

Une majorité de Français (68%) serait favorable à un « renforcement massif de la présence de la police » dans les « quartiers sensibles pour améliorer la sécurité dans ces quartiers », selon un sondage… (publié sur le site du Figaro) et 32% des personnes interrogées estimeraient ainsi qu’il « faut éviter une trop grande présence de la police pour limiter les tensions et les provocations ».

Quelle police ? L’enquête conduite ne permet pas de situer une échelle des modalités d’implantation et des modes d’intervention. La question se présente en ces seuls deux temps : soit une présence massive de la police est nécessaire ; soit la présence ne doit pas être renforcée pour éviter les provocations. Aucune modulation n’est-elle concevable ? Aucune référence à la qualité des interventions n’est envisagée ; les termes de « police de proximité », de « police de quartier » ne sont pas énoncés ; l’expérience des « contrats locaux de sécurité » est effacée.

Et sur l’air de la « sécurité » est rejoué le refrain de la « sévérité ». Puisque les dégradations et agressions seraient le fait d’un "petit nombre de délinquants qu’il faut réprimer plus sévèrement" (88%), aussi petit que serait ce nombre, il faudrait quand même plus de policiers ! La « policiarisation » des quartiers est en phase avec le discours général de la judiciarisation des phénomènes sociaux oeuvrant vers la pénalisation des attitudes et des comportements "non conformes". La lutte contre les violences urbaines passerait-elle encore une fois par une aggravation des peines et une augmentation des faits constituant des délits ? Les rassemblements de petits groupes dans un hall d’immeuble est déjà un délit, le geste irréfléchi et les mots imprudents trop vite lâchés sont déjà des insultes lourdement réprimées et les jeux bruyants se transforment en « agressions sonores en vue de troubler la tranquillité d’autrui » (art. 222-16 du Code pénal)...

Pourtant, la panoplie de ces peines et délits semble de peu d’effets sur la perception des déséquilibres sociaux. 94% des sondés estimeraient que « des épisodes de violence de la même ampleur de ceux de l’automne 2005 … sont susceptibles de se reproduire en France ». Reconsidérer le problème des stigmatisations locales et des disqualifications sociales plutôt qu’inventer encore une fois un énième « plan Banlieues » semblerait alors indispensable, mais le fatalisme l’emporte : cela fait si longtemps que le problème existe, n’est-ce pas ?

Selon les questions posées, quelques nuances devraient être apportées ; elle atténuent fortement le propos qui révèlerait un « désir de police ».

A la question : « parmi les raisons suivantes, quelles sont celles qui, selon vous, peuvent le plus expliquer ces violences » (à noter : le« plus » et non le mieux, « ces » violences et non les violences), le thème qui retient principalement l’attention des sondés est « la démission des parents ». Qu’est-ce à dire ? S’agit-il vraiment d’une demande "d’autorité" ? Rien n’est moins sûr. La seconde proposition retenue est « la présence de bandes et le trafic de drogue ».

On s’interrogerait plus sur le décalage entre les perceptions ainsi révélées et les réalités sociales sur le terrain en remarquant combien sont peu retenues les autres causes proposées : discriminations vécues par les habitants de ces quartiers ; logement et urbanisme ; manque de moyens alloués aux associations et présence insuffisante de travailleurs sociaux...

Les questions relatives aux "remèdes" qui pourraient être développés à l’égard des quartiers défavorisés, sont rassemblées autour des politiques éducatives (écoles de la deuxième chance, internats scolaires, accompagnement pour l’insertion professionnelle, décloisonnement de la carte scolaire) ; elles invitent à repenser l’investissement des acteurs sociaux sur le terrain : la « proximité » est un élément porteur mais le mot n’est pas dit. Le souci d’une ouverture des quartiers sensibles vers d’autres horizons fait que le désenclavement de ces quartiers est largement sollicité : 74% des sondés admettent qu’une restructuration des plans de circulation des transports urbains est essentielle en la matière…

Mais, l’éclairage est déficient, le bureau de poste est fermé, le dispensaire médical fonctionne au ralenti, la caisse d’allocations familiales est éloignée, etc. Pourquoi donc la question primordiale du sous équipement de ces quartiers sensibles en « services publics » n’a-t-elle pas été évoquée ?

Droit cri-TIC ou Droit cri TIC

Cri TIC, cri-TIC en Droit. Cri-TIC de droit : critique du droit, droit de la critique, droit à la critique, droit critique.

La forme interrogative étant un des signes de l’esprit critique qui anime toute recherche et parcourt tout enseignement, ce site a pour objet, en quelques articles ou brèves, de faire part de questionnements, incomplets et inachevés, sur des thèmes diversifiés... en Droit certes, mais aussi à côté ou aux alentours du Droit.

Pr. Geneviève Koubi

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