mardi 28 octobre 2008

Vers l’enseignement d’une « histoire officielle »

Puisque la suppression de l’enseignement de l’histoire et de la géographie ne semble pas recueillir l’adhésion du public, faut-il proposer un remaniement radical du contenu des enseignements en ces matières ? En d’autres termes, est-ce au Parlement de décider du contenu d’un enseignement ?

La loi doit-elle dire l’Histoire une fois pour toutes ? Le risque de dérive vers l’enseignement d’une « histoire officielle » au service d’une propagande ne peut être écarté…

L’information donnée (AFP) à propos de la réflexion faite, ce mardi 28 octobre, par le ministre de l’Education nationale sur une possible intervention du parlement pour décider de « ce qui doit être enseigné » dans des matières “sensibles” comme l’histoire, ne manquera pas de faire réagir les historiens et les enseignants. L’idée même d’histoire officielle que présuppose une telle détermination s’avère particulièrement insolite alors même que les recherches en la matière ne cessent d’en montrer les variables et les incertitudes. Certes, il s’agit là encore de répondre à un souhait émis par le Président de la République mais, en la matière, une distance raisonnable devrait être maintenue entre le désir et le savoir, entre les aspirations et les connaissances.

Auditionné par les députés de la mission d’information sur les questions mémorielles de l’Assemblée nationale, le ministre de l’Education nationale donne un singulier écho aux différents mouvements de résistance des enseignants et des parents d’élèves face aux réformes des programmes scolaires. Car s’interroger sur le contenu de l’enseignement de l’histoire n’oblige en rien à définir « la place des commémorations ». Plus sérieux est alors le questionnement à propos d’un « conflit entre mémoire et approche scientifique de histoire ». Faudrait-il déplorer l’absence de réflexion sur ces confusions — organisées par les pouvoirs publics — entre commémoration et mémoire, entre mémoire et histoire, alors même que la lecture de nombreux ouvrages qui traitent de ces questions pouvait contribuer à une élévation du débat au-delà de ces informations partielles et tranchées...

Le ministre de l’Education nationale n’a pas caché ses réserves vis-à-vis de la connaissance des faits sociaux et des phénomènes politiques. Car, ainsi qu’il le souligne, derrière toute approche historique, il y a bien des « questions politiques ». Mais l’apprentissage de la citoyenneté, qui est une des missions premières de l’école, ne signifie-t-il pas un refus des conditionnements et des formatages du savoir ? L’enseignement de l’histoire est effectivement un élément essentiel à la formation du citoyen. Ne serait-ce que pour cette seule raison, il apparaît difficile de chercher à définir, par la voie législative, catégoriquement le contenu d’un tel enseignement [1].

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NB : L’ouverture de ce débat rappelle les polémiques qui avaient suivi le vote de la loi n° 2005-158 du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés dont l’article 4 avait focalisé l’attention et rassemblé les contestations [2]...

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Notes :

[1] Comment comprendre la coïncidence entre ces quelques remarques et le sujet de la rentrée solennelle des cinq Académies ? : De l’éducation aujourd’hui.. — en retenant par exemple cette phrase : « Il serait urgent de rappeler aux nouvelles générations que tout avenir se construit en fonction d’un passé qui vous aide et vous porte plus loin » (J. de Romilly).

[2] art. 4. : « Les programmes de recherche universitaire accordent à l’histoire de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, la place qu’elle mérite. /[supprimé : Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit.] /La coopération permettant la mise en relation des sources orales et écrites disponibles en France et à l’étranger est encouragée ».

Droit cri-TIC ou Droit cri TIC

Cri TIC, cri-TIC en Droit. Cri-TIC de droit : critique du droit, droit de la critique, droit à la critique, droit critique.

La forme interrogative étant un des signes de l’esprit critique qui anime toute recherche et parcourt tout enseignement, ce site a pour objet, en quelques articles ou brèves, de faire part de questionnements, incomplets et inachevés, sur des thèmes diversifiés... en Droit certes, mais aussi à côté ou aux alentours du Droit.

Pr. Geneviève Koubi

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