vendredi 18 juillet 2008

L’enseignement de l’histoire à la « demande du Président… »

Lien hypertexte (référence, site à visiter...) : Circ. n° 2008-085 du 3 juillet 2008 – Instructions pédagogiques - Enseignement de la Shoah à l’école élémentaire

C’est au bulletin officiel de l’éducation nationale du 17 juillet 2008 que la circulaire portant instructions pédagogiques relatives à l’enseignement d’une lourde page d’histoire, étrangement conçue à l’occasion d’un discours présidentiel sous la forme d’un parrainage malsonnant, a été publiée. Elle y fait d’ailleurs directement référence : « Soucieux de la transmission de la mémoire de ces événements tragiques et uniques de l’histoire de notre continent, ainsi que du nécessaire ajustement des enseignements à l’âge des élèves, le Président de la République a récemment demandé que la mémoire des enfants victimes de la Shoah soit privilégiée à l’école ».

Cette circulaire présentée en note de service n° 2008-085 du 3 juillet 2008 sur l’enseignement de la Shoah à l’école élémentaire confirme donc un tant soit peu l’approche personnalisée que sollicitait le Président de la République. Elle retient tout de même quelques-unes des recommandations élaborées par le groupe de travail auquel le ministre de l’éducation nationale avait « confié la mission de réfléchir à la mise en œuvre pédagogique de la demande du Président de la République ».

Le rapport rendu par ce groupe de travail avait été mesuré dans la description des méthodes d’enseignement en évitant d’insister sur la fonction de transmission d’une mémoire et en revalorisant la fonction des connaissances. L’objectif est de « donner à tous les élèves les éléments de culture et de réflexion leur permettant de refuser toutes les formes de racisme et de discrimination et de comprendre que, contraires à la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, elles rendent impossible la démocratie ». Néanmoins, l’exposition pédagogique de cette page d’histoire n’est pas fondamentalement restituée dans une dimension politique, sociale et civique qui aurait invité les élèves à une réflexion générale sur le temps présent comme pour l’avenir : « L’étude de l’extermination des Juifs et des Tziganes par les nazis a pour objectif de faire acquérir progressivement une connaissance précise de ce crime historique majeur perpétré en Europe, de le restituer dans le contexte d’une idéologie raciste et d’un système politique totalitaire. Cette étude intègre la prise de conscience mondiale qui, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, a conduit les instances internationales à adopter la Déclaration universelle des droits de l’Homme, et à créer la notion de crime contre l’humanité dont le caractère imprescriptible a été intégré au droit national des démocraties ».

Cet enseignement est prévu en trois temps : à l’école en CM2, au collège en 3ème, au lycée en 1ère et en Terminale. Mais la circulaire du 3 juillet 2008 s’intéresse essentiellement aux programmes institués à l’école.

« À l’école élémentaire, l’étude de la Shoah doit s’appuyer sur la complémentarité des disciplines : elle s’effectuera principalement en histoire, mais elle pourra prendre appui sur des œuvres d’art ou sur des livres dans le cadre de l’enseignement d’histoire des arts ou de littérature ». Les « dates » sont pensées essentielles puisqu’il s’agira surtout de « donner des premiers repères, notamment chronologiques ». Cet enseignement est pensé comme intégrant les programmes d’éducation morale et civique des élèves, il est conçu comme une méthode pour « approcher la question de la responsabilité personnelle et collective » et, comme un rajout de dernière minute, « celle aussi de la résistance à la barbarie ». Les maîtres restent libres de leurs choix pédagogiques….

Mais … surgit au détour du texte de la circulaire, un succédané de la proposition initiale que le discours présidentiel avait esquissée et que le rapport du groupe de travail n’avait pas valorisée : « La thématique des enfants victimes est cependant une entrée à privilégier au CM2 : partir d’un nom, d’un visage, d’un itinéraire, de l’exemple singulier d’une famille dont l’histoire est liée aux lieux proches – l’école, la commune, le département – constitue une approche pédagogique respectueuse de la sensibilité des enfants ». L’idée présidentielle est recommencée puisque les « cas singuliers inscrits dans l’histoire constitueront, par leur dimension mémorielle, la première étape d’un savoir que les enseignements d’histoire au collège puis au lycée permettront de consolider » [1].

Cet enseignement qui œuvre pour la conservation d’une mémoire devrait constituer « le socle d’une culture historique » [2].

Notes :

[1] Il est alors prévu que « la Journée de mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité, instituée le 27 janvier, anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, constituera un moment privilégié de mémoire et de réflexion dans les écoles ».

[2] Un livret pédagogique fera l’objet d’une diffusion à la rentrée, et un portail internet sera créé pour mettre à la disposition des enseignants « un ensemble de ressources : accès à la base de données des enfants déportés de France développée par le mémorial de la Shoah, bibliographie, filmographie, sitographie, pratiques exemplaires ».

Droit cri-TIC ou Droit cri TIC

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Pr. Geneviève Koubi

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