dimanche 13 juillet 2008

Les désordres lettrés de l’ordre « des faveurs »

Sur les honneurs et les mérites moins récompensés que fabriqués par les Ordres, des ouvrages et des essais ont été écrits, des études et analyses ont pu être réalisées sur les modes d’attribution et sur le profil des « récompensés » ainsi complimentés. La Lettre du Président de la République au Premier ministre en date du 11 juillet 2008 relative aux ordres nationaux s’y réfère sans aucun doute, comme ce fut le cas de la Lettre du Président de la République au Premier ministre en date du 5 février 1996 relative aux ordres nationaux.

Entre ces deux lettres, quelques différences de ton et de langage peuvent être relevées mais l’objectif est le même : diversifier les « gratifié/es », les « médaillé/es », les « distingué/es » aux Ordres [1].

Il ne s’agit pas là de présenter une analyse croisée des termes utilisés, des intonations exprimées ou des accents ajoutés. Pour autant, il est possible de faire remarquer que, dans la lettre de 2008, la « parité » acquiert le label de « principe » et que la « diversité » s’entend essentiellement dans une tonalité « sociale ». Aucune inflexion sur les répartitions « territoriales » des attributions n’y est cependant réitérée. Et jouée sur l’air de la fibre de la compréhension et de la compassion, prétendant effacer le dédain et le mépris dans lesquels certaines actions et activités sont tenues, la sensiblerie forme encore une fois la trame d’une reconnaissance individuelle des engagements sociaux [2]...

Quant à « la proposition d’initiative citoyenne », aussi ouverte pourrait-elle paraître, en ces temps particuliers qui font d’Edvige et de Cristina les principaux surveillants de la « vertu » de chacun, elle supposerait que les citoyens seraient tous informés de l’existence de ces « dignités » et qu’ils seraient prêts à s’en préoccuper en dépit de leur « impatience »… Mais il existera toujours le risque qu’à ces propositions répondent d’autres orientations : les personnes désignées à leur insu par cent citoyens pour bénéficier d’une nomination dans l’un des Ordres nationaux concernés feront alors l’objet d’investigations administratives – que retrace l’expression « après les indispensables contrôles d’honorabilité » –, vie publique, vie professionnelle et vie privée devant être disséquées pour que l’attribution de la « croix » puisse être justifiée…

Mesure de faveur, l’attribution de ces honneurs et décorations restant indéfiniment dans un cadre discrétionnaire, la lettre du 11 juillet 2008 ne fait qu’exprimer un temps intentionnel de « marquage » du terrain social (à peu de frais)… comme ce fut le cas celle du 5 février 1996.

En quelque sorte, le rapport du « Comité de réflexion sur le Préambule de la Constitution » n’est pas encore connu, la révision constitutionnelle n’est pas encore adoptée que... déjà la notion controversée de « diversité », ici sociale, trouve peu à peu quelques points d’appui pour reformer les modes de pensée administratifs...

Notes :

[1] not. Ordre national de la Légion d’honneur, Ordre national du Mérite

[2] signalée par la revalorisation de la promotion du Travail et la création de la promotion du Bénévolat associatif.

Droit cri-TIC ou Droit cri TIC

Cri TIC, cri-TIC en Droit. Cri-TIC de droit : critique du droit, droit de la critique, droit à la critique, droit critique.

La forme interrogative étant un des signes de l’esprit critique qui anime toute recherche et parcourt tout enseignement, ce site a pour objet, en quelques articles ou brèves, de faire part de questionnements, incomplets et inachevés, sur des thèmes diversifiés... en Droit certes, mais aussi à côté ou aux alentours du Droit.

Pr. Geneviève Koubi

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