Élections au Brésil. Élections présidentielles… Premier tour le 7 octobre 2018 (-II)

Le 13 août 2018, par Geneviève Koubi,

suite de l’article du 9 août 2018 : « Élections au Brésil. Élections présidentielles… Premier tour le 7 octobre 2018 (-I) ». [1].

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L’article 77 de la Constitution de la République fédérative du Brésil de 1988 [2] prévoit que les élections se tiennent pour un premier tour le premier dimanche d’octobre, le 7 octobre 2018 donc, et pour un second tour le dernier dimanche du même mois, le 28 octobre 2018 donc.

En fait, la campagne électorale a été lancée dès les désignations des candidats (président, gouverneurs, députés et 27 sénateurs) lors des conventions nationales des différents partis politiques brésiliens au début du mois d’août 2018 [3].

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A ce jour, cinq partis ont enregistré les candidatures à la Présidence de la République fédérale du Brésil auprès du Tribunal superior electoral. Les candidats sont : Ciro Gomes (PDT-TO), Cabo Daciolo (Patri), Geraldo Alckmin (PSDB, associé aux PTB, PP, PR, DEM, SD, PPS, PRB e PSD), Guilherme Boulos (PSOL et PCB) e Vera Lúcia (PSTU) [4].

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Le Partido dos Trabalhadores (Parti des travailleurs, PT) a désigné Luiz Inacio Lula da Silva comme candidat à l’élection présidentielle le 4 août 2018 [5]. La stratégie est hasardeuse. Les politistes et les juristes constitutionnalistes - et pénalistes - sont à l’affût de la décision qui devrait être bientôt rendue sur l’éligibilité ou l’inéligibilité de Lula [6].

Car l’incertitude quant à l’enregistrement et la validation de sa candidature demeure : « Au Brésil, en vertu de la loi de la Ficha limpa, votée alors que Lula était président, les personnes condamnées en appel sont inéligibles. En théorie, Lula, qui a été condamné en janvier dernier en appel à 12 ans et 1 mois de prison pour corruption passive et blanchiment d’argent dans l’affaire du triplex de Guarujá, ne peut donc pas être candidat à la présidence de la République brésilienne. Sauf que cette inéligibilité n’a pas été prononcée automatiquement le jour de sa condamnation et qu’elle doit être confirmée par le Tribunal supérieur électoral (TSE). Celui-ci devrait être saisi à partir du 15 août prochain, date limite pour le dépôt des candidatures, lorsque le ministère public contestera l’enregistrement de la candidature de Lula, estime BBC Brasil. Le procureure générale Raquel Dodge a annoncé qu’elle accélérerait cette procédure. Une fois saisi, le TSE devrait prendre plusieurs semaines pour se prononcer, le temps d’entendre d’éventuels témoignages et pour la défense de présenter ses arguments. Mais il ne devrait pas aller au-delà du 17 septembre, date butoir pour le rejet des candidatures par le TSE. Après le 17 septembre, le PT ne pourra pas non plus présenter un autre candidat que Lula. S’il est déclaré inéligible par le TSE, Lula pourra encore tenter un recours devant la plus hautes instance judiciaire brésilienne, le Tribunal suprême fédéral (STF). Avec le risque que le PT se retrouve sans candidat si le STF confirmait une éventuelle inéligibilité de Lula. » [7]. Le risque est donc aussi que la candidature de Lula à l’élection présidentielle du 7 octobre 2018 ne soit invalidée qu’en dernière limite, le 17 septembre…

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Cependant, le Partido dos Trabalhadores, bien divisé quant à une solution de substitution avant que le Tribunal ne se prononce [8], pourrait, bien avant le 17 septembre 2018, modifier la donne. Fernando Haddad, désigné par le Parti des travailleurs comme le colistier, et donc potentiel vice-président du candidat Lula aux élections présidentielles du 7 octobre, deviendrait alors « le » candidat du PT [9], avec, peut-être, pour colistière Manuela D’Ávila, initialement candidate du Parti communiste, - comme son parti se retire de la course à la présidentielle...

Si l’on peut effectivement penser que la condamnation de Lula a été bien trop rapide, qu’elle est injuste au regard de l’impunité dont jouissent d’autres personnalités peut-être plus impliquées dans de tels faits de corruption, souvent plus graves, malgré la popularité dont il jouit et en dépit des différentes manifestations organisées pour sa libération, le verdict suivant une stricte application de la Lei complementar nº. 135/2010 du 4 juin 2010 (lei da Ficha Limpa) serait donné : Lula inéligible. Dans ce cas, il ne saurait être le candidat du Partido dos Trabalhadores.

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Le premier débat télévisé, sur TV Band, entre les principaux prétendants à la présidentielle a eu lieu le jeudi 9 août 2018 au soir. Le Parti des travailleurs espérait obtenir la participation de Lula par visioconférence, ce que le juge a refusé [10]. Il n’y eut pas plus de chaise vide sur le plateau afin de matérialiser son absence.

Ce premier « débat présidentiel (a montré) un Brésil divisé » [11]. Or l’absence de Lula se faisait largement sentir. Le Parti des travailleurs envisagerait donc revoir sa stratégie de campagne.

Huit candidats ont participé à ce débat : Jair Bolsonaro (Parti Social Libéral, PSL - extrême-droite), Geraldo Alckmin (Parti de la Social-démocratie brésilienne, « candidat des marchés »), Marina Silva (Rede sustentabilidade, écologiste), Ciro Gomes (Parti démocratique travailliste, centre gauche), Guilherme Boulos, (Parti Socialisme et Liberté, gauche), Henrique Meirelles (Mouvement Démocratique Brésilien, parti du Président Temer), Alvaro Dias (Podemos, centre droit), Cabo Daciolo (Patriota, droite). Pendant ce débat, « il n’a ... pas été possible pour les différents candidats de réellement se mettre en valeur en dehors des "petits" candidats comme Guilherme Boulos (Partido Socialismo e Liberdade – Psol), qui a multiplié les attaques frontales (notamment contre Jair Bolsonaro et Henrique Meirelles) avec des formules appelées à faire mouche auprès du grand public ("Nous avons ici 50 nuances de Temer"), Alvaro Dias (Podemos), promettant Sergio Moro comme ministre de la Justice, ou encore Cabo Daciolo (Patriota), hurlant ses positions antisystème et antisocialiste Bible sous le bras et damant presque le pion à Jair Bolsonaro (Partido Social Liberal) » [12].

Huit débats télévisés sont encore prévus jusqu’au premier tour. Le prochain débat aura lieu vendredi 17 août 2018 sur Rede TV.

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La fin des enregistrements des candidatures et le début des vérifications de ces dernières redynamiseront dès le 17 août la campagne électorale. Les débats télévisés, les interviews, les rencontres, etc., sont d’ores et déjà programmés [13].

Cependant, la propagande télévisée ou radiophonique "gratuite" ne commencera que le 31 août [14].

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La campagne prendra donc un tour nouveau alors que les électeurs brésiliens sont déjà plus qu’exaspérés par les multiples rebondissements de l’opération « Lava Jato » [15].

+

En attendant que la liste des candidats aux élections présidentielles soit définitivement arrêtée…

à suivre...

Notes :

[1] NB : Comme la précédente, cette présentation est un prélude à une étude devant être menée sur le terrain au mois d’octobre. À partir des sources journalistiques classiques francophones tirées d’articles publiés sur lemonde.fr, lefigaro.fr, lesechos.fr, courrierinternational.com, etc., ou de dépêches afp.com, reuters.com, france24.com, etc., et d’autres de sources brésiliennes, l’objectif est ici de permettre une relative appréhension de la situation – laquelle est plutôt complexe.

[2] Notant à ce propos que sont célébrées dans certains centres de recherche et facultés de droit et sciences politiques « ses trente ans »… Ex. : 9 mai 2018, Faculdade Baiana de Direito, Salvador, en droit constitutionnel : « 30 anos da Constituição e efetividade dos derieitos fundamentais » ; 24-26 mai 2018, Universidade Federal do Piauí (UFPI), « Congresso debaterá 30 anos da Constituição Federal » ; 12, 13 et 14 septembre 2018, au Centro Universitário Tiradentes, Congesso international de direito, pour un « debate jurídico sobre os 30 anos da Constituição, avanços e retrocessos da Constituição de 1988. » ; etc.

[3] Sans omettre les enjeux des élections des « gouverneurs » des différents États ; v. par ex. pour ce qui concerne le Nordeste : « Candidatos preparam investidas de campanha », (11 août 2018) ; ou pour le Parana : « Primeiro debate dos candidatos ao governo do Paraná será realizado nesta quinta-feira », (13 août 2018).

[4] V. « Cinco candidaturas a presidente foram registradas no TSE », Jornal do Brasil 13 août 2018.

[5] V. « Au Brésil, Lula investi candidat à la présidentielle depuis le fond de sa cellule », (5 août 2018).

[6] V. par ex., Luis Henrique Pironcelli Tobler, « Lula Vai Poder Ser Candidato ? Uma análise legal », sur Jusbrasil, 19 juillet 2018. Le "sujet" est d’ailleurs à l’étude. Les étudiants sont aussi présents sur le terrain pour en discuter, v. par ex. Anderson Allan Damasceno de Medeiros, « O ex-presidente Lula pode se eleger, estando inelegível ? », sur Jusbrasil, 3 août 2018.

[7] « Présidentielle au Brésil : les questions que posent la candidature de Lula », Bom dia Brésil 7 août 2018.

[8] v. « PT está dividido sobre a saída imediata de Lula da disputa presidencial », Correio braziliense 11 août 2018.

[9] V. « Fernando Haddad, joker de Lula à l’élection présidentielle brésilienne », lefigarof.fr, 10 août 2018.

[10] En réponse, le Parti des travailleurs avait de son côté, aux mêmes heures, organisé un « débat parallèle avec Fernando Haddad, la présidente du PT Gleisi Hoffmann et Manuela D’Avila (Parti communiste du Brésil), via les réseaux sociaux ».

[11] AFP 10 août 2018.

[12] Corentin Chauvel, « Présidentielle 2018 : le premier débat télévisé vu par la presse brésilienne », Bom dia Brésil 10 août 2018.

[13] V. Par ex., Agência Brasil, « EBC vai entrevistar candidatos à Presidência a partir do dia 17 », (11 août 2018).

[14] v. « Eleições 2018 : prazo para registro de candidaturas termina na quarta ; campanha nas ruas comça na quinta », (13 août 2018).

[15] Affaires de corruption et de blanchiment d’argent impliquant surtout la société pétrolière publique Petrobras ; v. Nicolas Bourcier et Claire Gatinois « Brésil : tout comprendre à l’opération "Lava Jato" », lemonde.fr 26 mars 2017 ; « Quatre ans d’opération Lava Jato : quatre chiffres, quatre infos », Bom dia Brésil 22 mars 2018.

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Pr. Geneviève Koubi

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